LES ÉTABLISSEMENTS

Le service Les Maisons

Le service « les maisons » de l’association la bienvenue accueille des jeunes qualifiés en Très Grandes difficultés (TGD), confiés par l’ASE de Seine Saint Denis. Ces jeunes âgés de 14 à 18 ans n’ont de place nulle part : ni dans leur famille, ni à l’école ni dans les institutions d’accueil (MECS ou famille d’accueil) ou plus spécialisées (ITEP, Hôpital de jour).

Le projet d’accueil des Maisons est spécifique dans le sens où il s’inscrit dans un accueil inconditionnel, c’est-à-dire, accueillir le jeune tel qu’il est avec les difficultés qu’il connait, vit, met en scène…Il s’agira, de fait, d’une prise en charge individualisée au sein d’un petit collectif constitué de 3 jeunes et de 4 professionnels qui se relaient de 7h à 23h dont le/la coordinateur/rice et un veilleur de nuit.

Nous considérons notre accueil comme une parenthèse protectrice qui va permettre au jeune de se ressourcer, de se restaurer avant tout. D’abord, nous allons nous découvrir pour pouvoir ensuite créer un lien solide et de qualité que rien ne va ébranler dans la durée, base indispensable pour grandir, s’épanouir et pouvoir atteindre l’objectif de retour dans un dispositif de droit commun (scolarité, formation, MECS…)
Cet accueil se réalise dans un pavillon où on va tenter de vivre dans des modalités proches de celles d’un lieu de vie familial. Les professionnels sont des substituts parentaux dans la gestion de la vie quotidienne et des adultes supports d’identification pour les jeunes. Engagement et authenticité dans la relation en découlent.

Il n’est pas question non plus de reproduire nos propres normes ou nos propres modèles éducatifs personnels. Il va s’agir d’être un adulte professionnel bienveillant, fiable, à l’écoute, modèle adulte qu’ils ont peu connu et sur lequel ils vont pouvoir s’appuyer, auprès duquel ils vont pouvoir aussi s’autoriser à régresser.
Il s’agira donc de prendre soin, d’accueillir ces jeunes à tout moment, y compris lors des retours de fugues, de garde à vue… ceci veut dire penser à eux, anticiper, faire avec eux à partir de là où ils en sont, faire pour eux aussi.

Ainsi le jeune doit pouvoir se poser dans la maison, s’y reposer, s’y ressourcer et se montrer tel qu’il est. Il apprendra peut-être à faire confiance à des adultes ou s’y autorisera de nouveau, se sentira reconnu pour peu à peu s’estimer capable et se faire confiance.

Cette condition d’accueil implique pour le professionnel de supporter et d’accepter les manifestations du jeune d’une part, de rechercher la compréhension de celles-ci et de ne pas vouloir les faire cesser ou disparaitre immédiatement. Souvent, elles sont le symptôme de la problématique du jeune ; c’est la problématique qui est à traiter et non son symptôme.

La protection du jeune et celle d’autrui demeure toutefois la priorité.

Nous considérons ces « manifestations, agissements, symptômes, passages à l’acte » tel un langage qu’il va nous falloir décoder avec le jeune. Il s’agit alors d’une longue aventure et entreprise d’observation, d’écoute, de mise en sens qui permettra à terme que le jeune se réapproprie son histoire, s’apaise et puisse se remettre en marche. La famille sera très présente dans notre tête et nous l’y associerons le plus souvent possible.

Chaque professionnel y contribue en apportant en réunion d’équipe les éléments du quotidien, son point de vue, son questionnement, son ressenti… qui vont permettre de comprendre et de définir un sens à donner à notre accompagnement.

C’est le travail d’équipe qui permet la réussite de notre projet.

Ce projet d’accueil est passionnant et exigeant pour les professionnels ; il est difficile à mettre en œuvre dans la mesure où il est nécessaire de contenir en permanence (accueillir les émotions et les retravailler avec le jeune : D. Anzieu), d’imaginer, créer sans cesse pour que peu à peu s’inscrive une relation puis peu à peu un désir, un projet ; la réalisation de ceux-ci n’étant pas assurée d’emblée …

Confrontés à l’attitude, aux manifestations des jeunes, à leur pathologie qui se caractérisent souvent par de l’opposition, de la plainte, des fugues, des addictions, de la mise à distance, du rejet des adultes, de l’absence d’envie, nous sommes souvent déconcertés, sidérés et impuissants ; ce qui est acquis aujourd’hui ne tient plus le lendemain et il faut sans cesse recommencer.

Nous oscillons dans ces moments- là entre la colère contre le jeune, contre l’institution, contre les institutions, contre la famille et l’incompréhension ; nous déplorons l’absence de moyens… mais en tenant bon tous ensembles, c’est possible ! Le service via ses pionniers peut en témoigner.